:: Majka -sa vie et son œuvre


« Voilà : penser le tableau dans ses multiples fonctions - soutien dans l'acte créateur, aide à la communication, stimulation du vécu et co-création de son sens par le spectateur.

La peinture comme exploration du sens de la vie, à un moment donné en réponse au temps qui fuit. Forme unificatrice comme expansion dans l'espace du monde. Témoignage clair et énigmatique à la mesure de qui se rencontrent par le tableau» .

Du carnet d'atelier de Majka Kwiatowska


« La peinture de l'artiste polonaise Majka Kwiatowska s'apparente à l'œuvre du célèbre peintre américain de la moitié du XXème siécle, Mark Rothko - c'est-à-dire au courant de l'abstraction la plus économique, la plus condensée. Les couches de peinture travaillées sur de grands plans presque monochromes créent une impression de profondeur saturée de lumière intérieure. C'est une peinture polysémique, qui ne lasse jamais. Si, souvent, elle exige du spectateur une attention soutenue, elle offre en retour une multitude d'interprétations qui s'harmonisent avec les états d'âme de qui la contemple. C'est une peinture en apparence modeste qui révèle progressivement sa richesse intérieure».

Magdalena Hniedziewicz (historienne et critique d'art)


Diplômée de l'Académie des Beaux Arts de Varsovie en Pologne, où elle a étudié la peinture, la sculpture et les arts graphiques, l'artiste a fait aussi un séjour comme boursière à l 'Académie des Beaux Arts de Paris.


La fin de ses études correspond au début des évènements politiques qui ont changé le paysage politique des pays d'Europe de l'est. Tout en se consacrant à la peinture, Majka Kwiatowska devient alors très active d'abord dans le Cercle des Jeunes Artistes de l'Association polonaise des Artistes Peintres puis dans les activités de cette Association - rapidement dissoute par le gouvernement communiste. Après l'instauration de l'état de guerre en Pologne en 1981, l'artiste participe au "Mouvement de la culture indépendante" en organisant des expositions et des évènements artistiques clandestins. Elle est aussi active dans l'organisation d'aide aux artistes peintres et sculpteurs.


Elle-même présente alors ses œuvres dans de nombreuses expositions non-autorisées, collectives ou individuelles, privées ou parrainées et abritées par l'Église catholique polonaise. Très appréciée par les milieux artistiques, elle est engagée pendant cette période tumultueuses comme assistante dans l'atelier de peinture du professeur L. Korolkowicz à l'Académie des Beaux Arts; après la restauration de l'Association polonaise des Arts Plastiques en 1989, elle en devient, pour un mandat, la vice-présidente (Région de Varsovie).


Pendant la période d'état de guerre décrété par le gouvernement, réponse à l'éclosion du mouvement Solidarité, l'artiste a pu participer, et ce malgré les difficultés que cela représentait, à quelques expositions à l'étranger, notamment en Allemagne, en France et au Canada (Montréal, Toronto).


Ses premières peintures sont imprégnées de l'atmosphère de ces années difficiles, mais aussi des traces de souvenirs plus anciens, des années de première jeunesse - en 1968, son engagement dans le mouvement de révolte des étudiants et des ouvriers (qui préfigurait les événements ultérieurs) lui avait fait connaître les maisons d'arrêt. Le gris y domine, étiré, raclé, texturé, masquant sans les faire disparaître totalement des bleus, des jaunes, des roses.


Avec le temps, la palette s'éclaircit, la trace du geste s'inscrit sur l'aplat, la subtilité des couleurs, des transparences, du glacis des plages abstraites entrent en tension avec le cadre. Souvent affirmé, il limite sans délimiter, il enferme force et tension psychique mais comme en jouant. Force et subtilité, luminosité et griffure, cadrage et infini: sa peinture abstraite ensorcelle.


Majka est récipiendaire de divers prix dont la Médaille d'or de l'Association polonaise des Artistes plasticiens (1993) et du Prix de la fondation Polcul en Australie (1989). Des œuvres de l'artiste se trouvent actuellement dans les collection de la Bibliothèque nationale à Varsovie, du département de la Culture et des Arts de la Ville de Varsovie et du Musée de l'Archidiocèse de Varsovie. D'autres ont émigré à travers le monde , pour des collections privées en Suède, en Allemagne, en France, en Israël, en Belgique, au Canada, aux États Unis et au Japon.